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L’auteur, célèbre fondateur du fonds d’investissement Bridgewater, propose ici un point de vue d’investisseurs (pas d’économiste) sur la situation économique actuelle.
Pour Ray Dalio, le supercycle de la dette est une composante d’un supercycle global, composé du niveau de confiance au sein de la société et du niveau de confiance entre États. Ces deux relations étant elles-mêmes affectées par l’écologie et la technologie.
L’ordre global change suivant les niveaux de supercycle. La fin d’un supercycle implique le remplacement d’un ordre par un autre. À cet égard, l’auteur considère que nous arrivons au bout d’un supercycle et que les incertitudes qui en découlent sont particulièrement dangereuses.
On lira évidemment cet ouvrage et cette synthèse avec une certaine distance critique, en particulier sur le caractère très déterministe de l’histoire économique, sur certaines exagérations de l’auteur, une forme excessive de simplification et un biais très monétariste. Il me semble toutefois intéressant de confronter ce point de vue à la situation contemporaine de nos finances publiques, dans un débat budgétaire qui s’annonce difficile pour 2027… et les années à venir.
Les Macro-Cycles
Présentation Théorique
L’auteur a consacré un ouvrage à ce concept de macro-cycle.
En synthèse, les cinq moteurs des changements mondiaux seraient :
1. Le cycle de la dette, du crédit, de la monnaie et de la croissance économique1 ;
2. Le cycle de l’ordre et du désordre politique intérieur ;
3. Le cycle de l’ordre et du désordre géopolitique international ;
4. Les phénomènes naturels ;
5. L’inventivité humaine, en particulier dans les nouvelles technologies.
À ces cinq cycles pourrait s’ajouter la démographie.
Les interactions entre les cinq forces précitées avancent de manière systémique, créant des supercycles, avec un tendanciel de force en augmentation, compte tenu de l’inventivité humaine.
Le court terme est très influencé par les cycles de la dette, les cycles longs par l’évolution de la productivité :
– Un cycle court est de six ans, à trois ans près.
– Un cycle long dure 80 ans, à 25 ans près.
Examen de la Situation Actuelle
La situation actuelle se caractérise par une conjonction de facteurs défavorables s’agissant des cinq moteurs précités :
- Surendettement de l’Occident en général, des États-Unis et du Japon singulièrement2 ;
- Raidissements nationalistes ;
- Désordres internationaux, marqués par une regain unilatéraliste3 ;
- Phénomènes naturels de plus en plus coûteux ;
- Évolutions technologiques majeures.
Dans le passé, ces situations ont pu générer des réactions extrêmes de la part des États : crises financières et autoritaires, conflits mondiaux. Ces risques se répètent aujourd’hui pour Ray Dalio avec une transformation progressive des démocraties occidentales en autocraties.
Les écarts de niveau de vie, la paupérisation croissante (baisse du niveau de vie) et la fragmentation du pouvoir manifestent une impuissance, créant un appel d’air autoritaire.
Quelques Concepts d’Analyse Budgétaire
L’Importance de la Monnaie
La monnaie et le crédit sont les « nutriments dans la machine ». Le gouvernement central joue de son côté le rôle du cerveau, puisque 35 à 55 % des dépenses sont publiques dans les sociétés contemporaines.
Par ailleurs, comme la dette est une promesse de remboursement en argent, plus la quantité d’argent en circulation est importante, plus il y a de crédit (donc de dettes) et plus grand est le pouvoir de la banque centrale.
Le prix est également pour partie constitué de la quantité de monnaie en circulation.
Dit autrement, la dette et la monnaie sont interchangeables.
Jusqu’à récemment4, il n’y avait pas de banque centrale. Les banques disposaient de leurs propres réserves d’or, ou de garanties papier. Les banques centrales ont été créées pour gérer les crises majeures par l’impression de la monnaie.
La Bonne Dette et la Mauvaise Dette
La différence entre un endettement soutenable et insoutenable réside dans la création de revenus générés ou non par la dette. La dette peut en effet permettre le développement de l’économie et des marchés, de saisir des opportunités et de dessiner l’avenir.
Toutefois, il n’existe pas de freins naturels à l’endettement et le penchant est souvent de profiter de l’emprunt comme expédient. À l’évidence, la conclusion d’emprunts pour financer le service de la dette est le signe d’une fin de cycle.
La bonne dette permet :
- L’acquisition d’actifs plus rentables ;
- L’investissement dans des facteurs de gains de productivité (infrastructures, éducation) ;
- Le soutien ponctuel et contracyclique à l’économie (modèle keynésien).
La mauvaise dette consiste à financer des dépenses courantes, ce qui peut conduire à une émission monétaire inutile de la part de la banque centrale, génératrice d’inflation. Elle est dangereuse lorsque le taux d’endettement évolue plus rapidement que la croissance économique.
Comment se Désendetter ?
Pour lever le poids de la dette, il existe quatre manières, d’importance variable :
- L’austérité : réduire les dépenses publiques en deçà des prélèvements perçus ;
- La restructuration par défaut de paiement sur une partie de la dette ;
- L’impression de billets par la banque centrale (inflation) ;
- Le transfert de monnaie entre secteurs (rachats de dettes).
Les gouvernements commencent le plus souvent par une politique austéritaire, ce qui est « une grave erreur », puisqu’elle implique une baisse des dépenses et des revenus (les deux étant liés)5.

Par ailleurs, la contraction de l’économie nécessite en retour une politique de soutien public aux secteurs fragilisés, ce qui accentue de nouveau les difficultés.
La meilleure façon de surmonter une crise de la dette est de mettre en place ce que l’auteur appelle « un beau désendettement » :
- Restructurer la dette pour allonger les maturités (les échéances) et annuler une partie du passif6 ;
- Imprimer de la monnaie pour susciter de l’inflation.
Si ce « beau désendettement » est correctement réalisé, un nouvel équilibre apparaît en un à trois ans7.
Comment Analyser le Niveau d’Endettement d’un Pays ?
Pour Ray Dalio, l’analyse de la situation d’endettement d’un pays porte sur les revenus, plutôt que sur le produit intérieur brut (PIB). Le PIB donne une idée de la base taxable et de la taille de l’économie, mais il ne permet pas de juger de la soutenabilité de l’endettement.
Ce qui compte est la prévision du poids de la dette future sur les revenus futurs.
Un autre critère qui peut être utilisé est le niveau d’épargne de l’État, matérialisé par ses réserves. Une détention d’actifs supérieure au passif témoigne ainsi d’un bilan sain8.
La Relation entre le Taux d’Intérêt et l’Inflation
Cette relation est très importante dans l’économie :
- Lorsque le taux d’intérêt est plus élevé que l’inflation, les ménages et entreprises sont incités à épargner en bons du Trésor, pour profiter du rendement ;
- Lorsque le taux d’intérêt est plus bas que l’inflation, il est au contraire plus intéressant d’investir dans des actifs corrélés à l’inflation (ce qui permet de s’en prémunir) ou de consommer.
Sur la période récente, les taux d’intérêt réels étaient négatifs, ce qui a favorisé le marché actions.
Sur les cent dernières années, le taux d’intérêt réel a été en moyenne de 2 %. Les périodes où les taux s’écartent permettent de définir les périodes avec du crédit très peu coûteux (assouplissement) et les périodes avec une tension sur les obligations (resserrement).
Pour l’auteur, l’objectif de la FED devrait être de piloter ses taux à un niveau relativement stable de 2 % d’intérêt réel. L’auteur jugeant très négativement les mouvements de taux brusques (à la hausse comme à la baisse) réalisés par l’institution.

D’autant que des taux trop faibles alimentent à la fois l’inflation et la perte de valeur de la devise et de la dette, exposant l’économie à des soubresauts plus importants en cas de crise.
Qui Détient la Dette Publique ?
La dette publique est achetée par des banques commerciales et des investisseurs étrangers. Elle peut ensuite être détenue pour partie par la banque centrale lorsque celle-ci procède à des achats sur le marché secondaire.
Aux États-Unis, à la date d’écriture de l’ouvrage, chaque acteur (banques commerciales nationales, investisseurs étrangers et banque centrale américaine) détient environ un tiers de la dette américaine.
Toutefois, le portefeuille de la FED est fortement déficitaire, celle-ci ayant accumulé, selon l’auteur, approximativement 700 milliards de pertes, soit 3 % du PIB étasunien.
Le Supercycle de la Dette
Le Cycle Économique
L’auteur rappelle le caractère fondamentalement cyclique de l’économie et du mécanisme de crédit. Le crédit permettant, à court terme, de disposer d’une hausse de revenus, mais impliquant à échéance, le remboursement des intérêts et du principal9.

Dans un premier temps, l’injection de liquidité fait gonfler le prix des actifs et relance l’économie, jusqu’à nécessiter un resserrement des conditions de crédit et l’effet inverse.
Ces cycles de court terme alimentent un cycle de long terme, le passif augmentant progressivement comme une forme de cancer dans l’économie. Le supercycle prend fin quand il devient impossible de rembourser l’ensemble des dettes contractées.
Le point de sortie est alors le défaut ou la dévaluation. Dans les deux cas, la monnaie s’effondre.
L’enchaînement classique d’une crise de défaut est le suivant :
- Une crise du secteur privé ;
- Suivi d’une crise du secteur public, intervenue en soutien du secteur privé ;
- Enfin, dans les cas les plus difficiles, une crise de la banque centrale elle-même, intervenue en soutien du secteur public.
Les Cinq Stades du Supercycle de la Dette
1. La monnaie saine, ou « dure ».
La monnaie « dure » ou « saine » est adossée à un actif et est donc peu manipulable. Le crédit existe, mais il entraîne peu de création monétaire10. Les dettes sont stables et faibles.
L’économie est en croissance, le rendement des actions est très élevé par rapport à celui des obligations.
Cette étape, qui manifeste une forme d’équilibre, est toutefois provisoire. La création monétaire et l’endettement, autrement dit la préférence pour le présent, étant consubstantielle à l’économie — et à la nature humaine.
À titre d’exemple, le système de Bretton Woods créé en 1944 était un système dur, adossé à l’or. Il prit fin en 1971 avec la décision de Richard Nixon d’abandonner la convertibilité en or du dollar.
2. La bulle d’endettement.
La croissance de la dette est supérieure à la croissance des revenus. La monnaie est facilement disponible, ce qui entraîne une forte croissance économique (gonflée par la dette) et une augmentation mécanique du prix des actifs11.
Le sentiment général est très haussier (« bullish ») et s’accompagne souvent d’une bulle technologique liée à une invention stratégique : l’électricité, le train ou, plus récemment, internet12.
La richesse imaginée est plus importante que la richesse réelle, du fait d’une surestimation des flux futurs.
3. La spirale d’endettement.
Les taux d’emprunt augmentent progressivement et il devient alors nécessaire d’emprunter pour faire face aux échéances. Le taux d’endettement augmente, mais l’effet économique est pour le moment indolore puisque la dette « roule ».
Généralement, les dépenses sociales accélèrent fortement, au point de manger les investissements dits « productifs » et de nuire à la croissance potentielle du pays concerné. Cette dynamique de dépenses, plus rapide que les ressources, implique une progression de la dette insoutenable sur le long terme.
Graduellement, le poids de la dette devient trop important, entraînant un phénomène d’éviction des dépenses utiles, par l’augmentation de la charge de la dette.
Pour couvrir le besoin de financement, l’État concerné fait le plus souvent appel à des investisseurs étrangers, ce qui le fragilise davantage et dégrade sa position internationale.
4. L’éclatement.
Une crise du secteur privé
Pour l’auteur, les crises surviennent d’abord dans le secteur privé. Compte tenu de l’éparpillement de ce secteur, il ne peut pas faire face seul aux événements extraordinaires. Par ailleurs, la nécessité pour la puissance publique d’assurer la continuité de la vie économique (voire sa relance) requiert généralement une intervention publique13.
Ce faisant, la dette publique bondit, l’État agissant à la mesure de ses capacités, très supérieures à celles du secteur privé.
Assez logiquement, lorsque la crise budgétaire publique éclate, le secteur privé est donc en meilleure position que l’État. Le premier ayant bénéficié du soutien public pour entamer son désendettement14.
Une contagion au secteur public
Cette survient lorsque se combinent un resserrement monétaire et un rythme d’endettement devenu insupportable.
La crise se répand subitement lorsque la demande (les prêteurs) est inférieure à l’offre (le besoin de financement de l’État).
Généralement :
- Les finances publiques sont comprimées par le service de la dette ;
- Les politiques essentielles ne peuvent pas être financées convenablement ;
- Des détenteurs de titres souhaitent liquider leurs créances.
Lorsque le service de la dette15 se rapproche de 100 % des revenus, la crise est imminente.
Au titre du projet de loi de finances pour 2027, les recettes totales nettes du budget général sont estimées à 324,5 milliards d’euros, pour un solde négatif prévisionnel de 156,4 milliards d’euros et un service de la dette de 72,9 milliards d’euros.
Fréquemment, le gouvernement central truque ses comptes en poussant des dépenses hors-bilan16, dans des garanties diverses17, par des mesures coercitives sur les financeurs18, par des prêts forcés ou incitatifs, une réduction de l’échéance des emprunts…
Parfois, cette crise est jugulée par… un ajout massif de nouvelles dettes.
Une crise financière
La revente massive d’obligations d’État entraine une série de conséquences désastreuses pour l’économie :
- Une difficulté accrue de financements pour l’État ;
- Une baisse de la valeur de la devise (inflation importée) ;
- Un affaiblissement en réaction de l’économie et
- Une diminution des réserves.
Les épargnants se mettent à fuir le pays, sa devise, ses actifs publics et privés. Le pays est considéré comme incapable d’honorer ses engagements19. Les grandes entreprises couvrent leur exposition au risque de change par une devise étrangère et rapatrient une partie de leurs actifs.
La banque centrale a deux choix :
- Laisser courir les taux pour permettre le « réalignement spontané » ;
- Imprimer de la monnaie et acheter la dette.
En général, la banque centrale fait les deux : elle achète de la dette pour soutenir l’État, mais elle le fait en maintenant une forme de tension à même de permettre le rétablissement des comptes.
L’objectif de la banque centrale est double : gérer la crise de la dette et tenir la monnaie.
Le Cas de la « Faillite de la Banque Centrale »
La « faillite » d’une banque centrale intervient quand celle-ci doit acheter de la dette à des taux plus élevés que ses prêts. Cette situation entraîne un déséquilibre nécessitant l’émission de monnaie dans des proportions déraisonnables.
Ici, le « cycle de la mort des banques centrales » commence. L’auteur parle de « faillite » car la banque centrale ne maîtrise plus ses engagements, ce qui implique d’ailleurs, dans certains cas, un secours… de l’État, contraint de recapitaliser (par des actifs, comme l’or) la Banque centrale.
Cette faillite nécessite une restructuration de la dette (un défaut) et la mise en place de dispositions exceptionnelles : contrôle des capitaux et des changes, pression fiscale exceptionnelle.
La situation qui s’ensuit est généralement marquée par une forte inflation, une monnaie rare et un taux d’intérêt réel « très douloureux ».
La situation dépend de la maîtrise de la monnaie, de sa valeur internationale et des détenteurs de la dette (nationaux ou non).
5. Le stade du désendettement.
Il s’agit de l’ajustement de la dette au niveau des revenus réels. Ce stade est « toujours douloureux ».
Ce désendettement nécessite le respect de ces cinq critères :
- Une restructuration de la dette à un niveau raisonnable ;
- Un ajustement profond et douloureux de la politique fiscale avec un rééquilibrage de la balance primaire (les revenus dépassent les dépenses) ;
- L’obtention d’une quantité suffisante de réserves pour adosser la monnaie à une valeur réelle (« monnaie dure »), le cas échéant en vendant des actifs ;
- Des taux d’intérêt réels élevés, qui maintiennent la pression sur l’État et rassurent les investisseurs ;
- Des limites claires à l’intervention de la banque centrale.
La monnaie est le plus souvent dévaluée pour soutenir l’économie, ce qui entraîne en général une surperformance de l’or de 60 % sur la période par rapport à la moyenne des marchés actions et obligataires de la zone économique concernée.
Le risque majeur est « la spirale de la mort » : une diminution forte des dépenses publiques, qui entraîne une augmentation du taux d’endettement (puisque la dépense publique est également un revenu national), alors que le coût de l’emprunt étouffe l’économie.
Cette spirale, très nocive, se déroule jusqu’à l’atteinte d’un équilibre.
La situation grecque récente illustre très bien cette situation.
L’intervention de la banque centrale est, pour l’auteur, essentielle. Son rôle consiste à baisser les taux en dessous de la croissance nominale et des taux obligataires.
Ce mouvement monétaire permet à l’État de poursuivre ses emprunts, d’autant plus nécessaires dans une période de forte contraction économique. Pour l’auteur, il s’agit alors de « pousser sur la corde », pour conserver un minimum de vitalité économique dans un contexte de chute de l’investissement privé et public, de faible croissance et (le plus souvent) de déflation.
La dette étatique est alors massivement achetée par la banque centrale, tandis que les investisseurs, défiants, font gonfler le taux d’intérêt nominal.
Pour juguler la crise, les gouvernements mettent ensuite en œuvre des mesures inimaginables quelques semaines auparavant :
- Saisies d’avoirs ;
- Contrôle des changes ;
- Diminution des rémunérations publiques et des prestations ;
- Ventes d’actifs (fonds souverains, actifs stratégiques20…) ;
- Impositions exceptionnelles sur les hauts patrimoines et les grandes entreprises (à un niveau intenable).
Un autre risque majeur pour l’auteur est celui tendant à vouloir instaurer de force une politique fiscale répressive, par des mesures de contrôle des changes et des capitaux. Ces mesures anti-marché ne sont pas efficaces et ralentissent l’ajustement.
Seule une politique d’inflation jugulée permet de réellement diminuer l’endettement d’un pays. Toutefois, ce désendettement demeure très douloureux.
Un désendettement bien mené permet de retrouver une croissance économique, ainsi qu’une monnaie dure, le tout étant assis sur un excédent budgétaire et un fort taux d’intérêt réel. Il aboutit à une baisse du ratio d’endettement de 50 %, à 20 points près.
Cependant, cette étape implique une forte diminution de la puissance étatique et, le cas échéant, un effondrement d’empire21.
Évolution du Super-Cycle de la Dette Depuis 2008 et Projections sur l’Avenir
De 2008 à 2020
La crise de 2008 a entrainé une importante monétisation de la dette par la pratique du quantitative easing consistant, pour la banque centrale américaine (puis, avec retard, européenne), à acheter sur le marché secondaire de la dette gouvernementale22. Bientôt, les deux banques centrales deviennent les premières détentrices de dettes publiques.

Corrélativement, les liquidités des investisseurs privés se sont réorientées vers les actifs, notamment financiers, impliquant un renchérissement des valeurs boursières sur la période 2010 à 2020 et un creusement des inégalités23.
En 2021, après la pandémie mondiale de la COVID-19, une nouvelle politique de monétisation massive des dettes a été mise en place par les banques centrales américaine et européenne. D’une importance encore plus forte que celle de 2008, elle a abouti à ce que, au plus fort de la crise, le rendement réel des obligations soit négatif (à -1 %)24.
L’argent est devenu gratuit, menant à une « orgie d’emprunt », avec une flambée des valorisations boursières, proche de la bulle internet de 2000. Pour l’auteur, 75 % de la hausse des marchés de 2021 à 2024 est liée à cette politique monétaire.
De 2009 à 2024, la valeur nominale du patrimoine financier des ménages américains (la « richesse papier »), a triplé : de 32 000 milliards à 99 000 milliards de dollars.
Mécaniquement, l’inflation a augmenté, obligeant la FED a contracté son bilan en arrêtant ses achats obligataires et en augmentant les taux, compliquant davantage les investissements immobiliers et détruisant les activités économiques les plus fragiles. Il en est resté, pour l’auteur, une bulle financière dans l’IA et sur les fonds non cotés25.
Compte tenu de la montée des tensions nationales et internationales, de l’endettement massif, la période est, pour l’auteur, très semblable à celle des années 1930.
Analyse du Risque
Dans l’analyse du risque d’une dette publique, plusieurs éléments sont à considérer :
- La détention d’une monnaie de réserve mondiale ;
- Le niveau d’ouverture et de liberté économiques ;
- Les réserves et les actifs ;
- Les projections économiques…
À titre d’exemple, pour l’auteur, les États-Unis ont une dette très élevée avec peu de réserves. La stabilité financière du pays dépend presque exclusivement sur sa monnaie.
Toutefois, si le risque américain est très élevé (à son plus haut jamais observé) compte tenu d’un taux d’endettement et de déséquilibres extrêmement élevés, les risques à court terme demeurent faibles (pour rappel, l’ouvrage original est publié en juin 2025) :
- L’inflation et la croissance sont modérées ;
- Les écarts de crédits sont modérés ;
- Le taux d’intérêt réel est équilibré ;
- Les comptes des entreprises privées sont solides (bases fiscales).
Cependant, un retournement de marché est toujours extrêmement rapide. À cet égard, l’auteur préconise de surveiller l’indépendance de la FED et sa politique de resserrement monétaire.
Propositions de l’Auteur Pour Désendetter les États-Unis
Pour l’auteur, l’élément essentiel est la définition de la cible. À cet égard, il lui semble qu’une cible de déficit de 3 % est optimale pour réduire le risque de défaut.
Pour atteindre une cible de déficit budgétaire, il existe seulement trois moyens :
- Une hausse des prélèvements obligatoires ;
- Une baisse des dépenses ;
- Une politique monétaire accommodante.
Les politiques raisonnent trop par le bas : quelle dépense couper, quel impôt augmenter ? Plutôt que par le haut : quelle cible viable ?
Et, pour atteindre cette cible, une politique monétaire adéquate est l’instrument le plus efficace :
- Une baisse de 1 % des taux d’intérêt sur les vingt prochaines années réduit quatre fois plus fortement le ratio « intérêts sur recette » qu’une augmentation de 1 % des recettes fiscales ;
- De même, une augmentation des recettes fiscales de 1 % est 1,2 fois plus efficace qu’une baisse des dépenses publiques de 1 % sur la même période.
L’auteur précise qu’une politique monétaire un peu plus accommodante permet également (en contrepartie d’une légère hausse de la cible d’inflation) :
- Une augmentation du prix des actifs et un meilleur rendement de la fiscalité sur le capital ;
- Une stimulation de l’économie (par l’investissement).
Inversement, l’augmentation des impôts ou la baisse des dépenses ont des effets négatifs sur l’économie (jusqu’à provoquer parfois la « spirale de la mort » évoquée plus haut).
L’auteur en conclut que le rôle de la FED est plus important que le Congrès dans la gestion de la dette. Il en déduit qu’une intervention conjointe de l’État et de la Banque centrale pour assouplir la monnaie et resserrer la politique budgétaire fédérale désendetterait efficacement les États-Unis26.
Sans politique monétaire, l’ajustement budgétaire serait de 6 % du PIB. Cet ajustement est possible, mais il entraînera une crise économique d’ampleur, nécessitant de toute manière un ajustement monétaire ultérieur.
- L’ouvrage de l’auteur se concentre uniquement sur ce premier « moteur du changement ». ↩
- On pourrait ajouter la France et le Royaume-Uni. ↩
- L’auteur écrit avant la guerre en Iran. Par ailleurs, il considère le multilatéralisme comme une sortie de crise militaire, pas comme un état permanent des relations internationales. ↩
- La banque centrale française est créée en 1800 et devient une institution publique en 1946, par la loi du 2 décembre 1945. La Réserve fédérale américaine (FED) est créée par le Federal Reserve Act du 23 décembre 1913. ↩
- Peut-être est-ce déjà la situation dans laquelle se place la France, au regard de l’effondrement de sa croissance. ↩
- C’est ce qui a finalement été réalisé pour la Grèce, après deux ans de négociations et en contrepartie d’un important plan d’austérité. La restructuration tardive et la politique austéritaire procyclique de l’Union européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international sont désormais jugées durement par une partie de la communauté économique, y compris dans les travaux d’évaluations produits postérieurement par ces institutions. ↩
- Une réserve toutefois, exprimée par l’auteur lui-même : un « beau désendettement » suppose de disposer de sa monnaie, un désendettement en monnaie étrangère est nettement plus difficile. ↩
- C’est ici que la France tire encore son épingle du jeu, avec une épargne très importante des ménages et une situation économique relativement saine des collectivités locales. Le déséquilibre étant concentré dans la sphère sociale (avec les transferts de l’État). Par ailleurs, l’appréciation très financière de l’auteur témoigne de son regard d’investisseur. ↩
- Contrairement à l’idée commune, le roulement de la dette n’implique pas l’absence de remboursements in fine. ↩
- L’auteur rappelle à cet égard qu’on peut faire du crédit sans création monétaire. ↩
- Le prix des actions augmente, ainsi que l’immobilier. ↩
- L’auteur y ajouterait l’Intelligence artificielle. ↩
- Qui plus est quand il s’agit d’une crise bancaire qui peut, potentiellement, nuire à toute la population. ↩
- Pour l’auteur, une augmentation de la dette publique et un désendettement privé constituent même un signe de crise d’éclatement. ↩
- Je ne sais pas exactement ce que recouvre la notion de « service de la dette » au sens où Ray Dalio l’entend. Son approche semble conjuguer le paiement des intérêts (ce que l’on appelle en droit budgétaire français le « service de la dette ») et le montant emprunté. ↩
- Une partie de la dette étant prise en charge par des banques d’investissements, des opérateurs, des entreprises publiques… ↩
- On pense par exemple à la garantie de l’État sur la dette de l’Unédic (assurance chômage) à hauteur de 10 milliards d’euros en principal pour 2027. D’autres garanties sont également prévues dans le projet de loi de finances, notamment dans le nucléaire (jusqu’à 60 milliards) et pour la construction de la ligne 15 de métro en Ile-de-France (à hauteur de 2 milliards). ↩
- Cela peut être, par exemple, le contrôle possible de l’État sur l’épargne en assurance-vie. ↩
- Un événement de cette gravité peut s’accompagner d’autres troubles extrêmes : sociaux, naturels, géopolitiques. ↩
- On pense aux ports et aéroports grecs. ↩
- Pour l’auteur, chaque effondrement d’empire a été précédé d’une crise, suivie d’un désendettement. ↩
- Il est impossible pour une banque centrale d’acheter directement une obligation monétaire d’État. Une telle pratique entraînerait inévitablement un phénomène d’hyperinflation et d’autodestruction monétaire. ↩
- La critique classique consiste à considérer ces interventions monétaires hétérodoxes comme principalement favorables aux détenteurs d’actifs financiers, donc les classes les plus aisées. ↩
- L’action des banques centrales a donc dénaturé le marché obligataire afin de permettre aux États d’assurer la solvabilité globale de l’économie. ↩
- Il s’agit de fonds plus risqués (non cotés, donc moins liquides et transparents), mais réputés plus rémunérateurs. ↩
- L’auteur estime qu’une intervention conjointe de la FED et du Congrès est nécessaire, et qu’elle peut se justifier les responsabilités croisées des deux institutions. Le dérapage budgétaire voté par les Congrès et la politique trop accommodante menée par la FED et qui a favorisé cet endettement inutile et dangereux. ↩

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